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The Ultimate Dive – les 5 étapes du projet

Voici – en exclusivité, le détail du parcours de Patrick dans son projet « The Ultimate Dive« . 

En 3 semaines et seulement 10 plongées Patrick Musimu a marqué l’histoire en plongeant successivement à 100, 136, 151, 170, 185 mètres, et le 26 juin 2005, il atteint la marque mythique des 200 mètres !

Le projet « The Ultimate Dive » a nécessité 2 ans de préparation.

Le 30 juin 2005, défiant la science et ouvrant son esprit à de nouvelles possibilités, Patrick a redéfini les limites de l’homme. Brisant la performance humaine la plus profonde jamais enregistrée (171m), il a plongé sur une seule respiration à -209,6m !

Suivez Patrick jour par jour jusqu’au record « The Ultimate Dive »

Etape 1 - "Béni par la mer" 14/03 - 24/03 2004

Patrick Musimu

Patrick quitte le froid et le triste temps belge pour un entraînement intensif de 10 jours en mer Rouge. Il arrive à l’aéroport d’Hurghada le 14 mars, chargé de son matériel de plongée libre : corde, parachute…

Vivant en Belgique, il n’a plus été dans l’eau depuis près d’un an et avait pressenti que cette longue période d’inactivité affecterait ses performances. Il s’était donc préparé physiquement et mentalement au cours des deux derniers mois dans le centre de remise en forme. Entre-temps, il avait beaucoup réfléchi à une nouvelle méthode de compensation des oreilles, qui, selon lui, lui permettra un jour de dépasser les 200 mètres ! Une fois à Hurghada, il élabore une nouvelle gueuze et entame l’entraînement. Les premiers plongées ont été nécessaires pour habituer à nouveau son corps à la pression, tester sa nouvelle technique et démarrer une routine avec l’équipe de sécurité supervisée par M. Alaa Eldin.

Au 4ème entraînement, l’équipe était déjà prête pour une plongée de 100 mètres ! Pour l’occasion, Essam et Hitham Mohran, accompagnés de Tarek, ont fermé leur boutique de plongée pour rejoindre l’équipe de sécurité. Une dernière modification apportée au parachute a amélioré son efficacité et lui a permis d’atteindre une vitesse de chute libre de 2,8 m/s. Malheureusement, en raison de circonstances météorologiques et de problèmes logistiques, ils ont dû revoir leur plan et fixer la profondeur maximale à 84 m.

Au 5e entraînement, l’équipe était prête à faire face à toutes les conditions météorologiques. C’était sa dernière plongée avant de s’envoler pour la Belgique. La nouvelle méthode d’égalisation fonctionnait parfaitement et ils avaient une ligne droite de 100 mètres sous le bateau. Une fois que tous les plongeurs ont pris leur position, le compte à rebours a commencé : moins 3 minutes, 2 minutes, 1, Go ! Patrick a fermé les yeux, a pris une grande respiration et s’est immergé.

Patrick Musimu
Raie manta

« …Pour moi, le temps s’est arrêté, j’ai vécu des sensations pures et je pouvais sentir la pression croissante sur chaque centimètre de mon corps. À 40 mètres, Adam Sadek m’a donné le signal. Je me suis détendu et j’ai pu entendre mon cœur battre moins vite. Mes poumons étaient comprimés par la pression, et pourtant, je n’avais pas besoin de respirer…

Une chute de près de 3 mètres par seconde vous met dans un état d’esprit de transition. À 100 mètres, j’ai ouvert les yeux et même sans masque, je pouvais voir et sentir la beauté de la Mer. J’ai ouvert la valve du réservoir et le parachute a commencé à se remplir. Après quelques secondes agréables, la gueuze s’est mise à remonter et m’a ramené à la surface. Après la plongée, alors qu’Alaa et Adam faisaient encore leur palier de décompression à 3 mètres, une belle raie manta est sortie de nulle part et s’est arrêtée à deux mètres de nous. Elle est restée là et nous a fixés pendant un moment. Étonné par sa grâce et sa douceur, je n’ai pas pu retenir mes larmes devant sa beauté ».

« Je me sens béni et j’aime imaginer que la mer m’a envoyé son ambassadeur pour me féliciter et m’inviter à revenir ».

Etape 2 - "Une perle dans le désert" 18/06 - 01/07 2004

Après s’être battu pendant une heure à l’aéroport de Bruxelles pour son billet d’avion, Patrick est arrivé à Hurghada le lundi 19/06 à 3h45. Comme d’habitude, son ami, M. Alaa Eldin, est venu le chercher à l’aéroport. À ce moment-là, Patrick n’avait jamais imaginé que ce séjour en Égypte serait décisif pour sa carrière de plongeur.

Comme d’habitude en cette saison, la température était « extrême » et il était important de boire beaucoup de liquide pour éviter la déshydratation.

Le premier jour, M. Alaa lui organise une rencontre avec son ami le général Mohamed – directeur général du département du tourisme et gouverneur de la mer Rouge Rate. Après avoir rencontré Patrick, le Général était si enthousiaste qu’il a décidé de l’accompagner à l’atelier de soudure pour découvrir de ses propres yeux, la « machine de course ».

Patrick Musimu
Patrick Musimu

l’entrainement a commencé mardi. Malheureusement, pour des raisons imprévues, une grande partie du plan de sécurité nécessaire pour la plongée de 140 m n’était pas prête et ne serait pas en place avant le départ de Patrick. Patrick n’était pas prêt à mettre en péril le projet et à prendre des risques inconsidérés juste par fierté. Avec son équipe, il a décidé de fixer la profondeur maximale à 110 mètres. « … Pas de problème, d’une manière ou d’une autre cela me forcera à travailler ma technique : vitesse, équilibrage…être à l’aise, et profiter de la balade avec 0 stress ».

Le premier entraînement l’a emmené à – 76 mètres, 85m, 98m, 105m, puis 110m. Une profondeur qu’il a répétée plusieurs fois pendant son séjour. Après plus de 3 mois hors de l’eau, la symbiose entre la mer et le plongeur en apnée était toujours intacte. J’ai eu la chance de l’accompagner lors de ce voyage. C’était une nouvelle expérience merveilleuse et enrichissante pour moi de suivre les pas d’un champion.

Je l’ai surpris plusieurs fois debout sur le bateau ou sur la plage face à la mer. Une fois, après une plongée, je lui ai demandé à quoi il pensait pendant ces moments : « … Je ne pense pas. Je lui parle juste ». Pour moi, cela décrit parfaitement la personnalité de Patrick : discret, mystérieux. Cela me rappelle un jour particulier où Patrick, après avoir assisté à de nombreuses réunions, a finalement été interviewé par un grand journal égyptien. Après avoir regardé son dossier de presse et l’avoir interviewé pendant une heure, le journaliste lui a demandé pourquoi il semblait si triste, « … le suis-je ? (sourire) J’ai juste du mal à arrêter le moment, mes pensées sont toujours loin, à analyser, anticiper, planifier. Mais croyez-moi, je ne changerais cela pour rien au monde ».

Cette tentative de record du monde est sans aucun doute un projet d’équipe. Les personnes qui n’ont jamais fait le tour du monde en apnée n’ont aucune idée du nombre de personnes et de la quantité d’efforts impliqués. Toute cette énergie dépensée pour atteindre un objectif final commun : la plongée ultime . À de nombreuses reprises, j’ai renoncé à les suivre lorsqu’ils travaillaient tard, souvent jusqu’à 2 heures du matin, pour faire un debriefing, réajuster et régler des détails, afin de préparer la prochaine plongée.

Je ne peux pas compter le nombre de réunions auxquelles Patrick a participé, mais ses efforts n’ont pas été vains. Un jour, le général Mohamed est venu au centre avec une lettre à la main et a dit « Patrick ! Félicitations ! Le général Saad Abu Rida – gouverneur du district de la mer Rouge veut te rencontrer ! ». J’ai regardé la réaction de Patrick, il a fermé les yeux une seconde et a soupiré. M. Alaa a lu la lettre (en arabe) et a crié un fort « OUI », il a embrassé son ami et s’est éloigné. Patrick l’a suivi et ils se sont embrassés pour la première fois devant moi. Je ne savais pas ce que signifiait cette lettre d’invitation, mais apparemment, ILS l’ont su. (J’ai eu la politesse de ne pas demander à Patrick de quoi ils avaient parlé pendant qu’ils s’embrassaient…)

Pour vous donner une idée du moment, je me sens privilégié d’avoir été témoin, laissez-moi vous dire quelque chose sur M. Alaa. M. Alaa Eldin est l’ancien champion africain de boxe poids lourd, et depuis des décennies, il partage un amour sans égal pour la mer Rouge (Pas étonnant que la croisée de leurs chemins était inévitable !). ). Il possède d’énormes capacités de plongée, il est un miracle et une énigme de la science. Sa toxicité à l’oxygène et sa tolérance à l’azote (testée médicalement) sont si élevées qu’il est capable de plonger avec une bouteille d’air normale à une profondeur incroyable !

Dès ce moment-là, Patrick a passé le reste de son séjour à courir de réunions officielles à la formation. Accompagnés du général Mohamed, ils ont successivement rencontré M. Maged El Kady – directeur général de la Chambre de commerce et de tourisme et président de l’Association égyptienne des agents de voyage, le général Mahoud Al Gindy – vice-gouverneur du district de la mer Rouge, M. Karim Helal – président du conseil d’administration de l’Association de la mer Rouge, et le général Saad Abu Rida – gouverneur du district de la mer Rouge. La fin heureuse du conte de fées est la suivante : le gouvernement égyptien a décidé de soutenir Patrick et d’organiser sa tentative de record !

Patrick a quitté Hurghada le 1er août à 6h10 du matin. Il ne se souvient même pas d’avoir décollé. Il s’est réveillé en approchant de l’aéroport de Bruxelles.

Patrick Musimu Egypte

Etape 3 - Ouverture des portes 30/09 - 07/10/ 2004

Isa-Patrick

La même équipe est prête pour cette session de formation. Jutta avait encore une fois fait le voyage de l’Allemagne. Aidée par l’équipe de l’IMEI, elle avait préparé tous les différents éléments de la plongée (parachute, corde, sacs du parachute..) avant l’arrivée de Patrick.

Pendant l’entrainement, supervisée et assistée par Alaa Eldin, elle en a profité pour établir son propre record personnel de plongée. Pour ce voyage,

Patrick est accompagné de sa fiancée. Il est étonnant de voir à quel point elle peut être confiante : « Je plonge avec Patrick depuis quatre ans, je sais de quoi il est capable, le monde ne s’en rend pas encore compte ».

Cet entrainement  marque un changement radical dans la préparation de Patrick. Je ne l’avais jamais vu aussi détendu.

Patrick a passé les deux premiers jours à s’entraîner sur une faible profondeur. Toute l’équipe était perplexe car par rapport aux entraînements précédents, Patrick semblait revenir en arrière.

Je l’ai vu atteindre une profondeur incroyable en chute libre si vite au fond, et il était là, acceptant d’augmenter son temps de plongée par un facteur de 2 ! Chaque jour pendant le briefing, on lui posait la même question « POURQUOI ? ÊTES-VOUS SÛR ? », mais il gardait ce sourire ironique et répondait la même chose « …croyez-moi, je sais ce que je fais, la profondeur n’est pas importante, la technique l’est ! Et une fois de plus, il l’a prouvé. 

En remontant de sa plongée du 2ème jour, qui ne m’a pas semblé particulièrement impressionnante en termes de profondeur (par rapport à ce qu’il avait déjà fait), je l’ai vu rire et je l’ai entendu crier de joie. J’ai demandé à Isabelle ce que cela signifiait, mais tout ce qu’elle a pu dire, c’est « …c’est incroyable, IL EST PRÊT ».

Patrick Musimu

Patrick a maintenant ouvert les portes de la profondeur dont il rêvait. Les plongées suivantes n’ont fait que confirmer sa préparation.

Il est passé d’une faible profondeur de 72 m à une profondeur de +100 m en une seule plongée. Pour les plongées extrêmes qui ont suivi, Patrick est maintenant assisté par l’équipe de recherche et de sauvetage de la mer Rouge.

Après le cinquième jour d’entraînement, il nous a souri et nous a dit : « Maintenant, je suis prêt, et vous ? « 

À ce stade, ils sont à la recherche d’un boîtier de caméra sous-marin capable de résister à 200 mètres. Patrick a maintenant complètement terminé sa préparation technique. J’ai encore du mal à comprendre comment un homme peut se sentir à l’aise de plonger sans masque et d’inonder ses sinus avec de l’eau salée.

Malgré les nombreux avertissements de Patrick et poussé par la curiosité, j’ai décidé d’essayer sa technique d’égalisation. Croyez-moi ou non, mais j’ai bien appris ma leçon : Je n’ai pas pu plonger pendant 2 jours après cela.

ETAPE 4 - "Le compte à rebours a commencé !" 21/04 - 01/05

Si je devais résumer cette formation, je dirais : réunions – tournage vidéo – préparation du parachute – … et à la toute fin … formation.

Il y a quelques mois, Patrick a annoncé à la communauté des plongeurs en apnée qu’il cherchait un plongeur en apnée de sécurité pour rejoindre et compléter l’équipe. De nombreux plongeurs ont gentiment répondu à son appel. Le choix a été difficile à faire mais Patrick a pris la décision finale et a accueilli Eduard Spinu. Pour la première fois, Eduard a pris part à l’aventure.

L’endurance des Egyptiens est incroyable, ils s’occupent de leurs affaires professionnelles pendant la journée, ils programment leurs réunions tard dans la nuit. Dans leur agenda, vous pourriez trouver de l’apnée, de l’apnée et encore de l’apnée. Le gouvernement de la mer Rouge accorde une grande importance à cet événement. Aucune tentative de record de plongée en apnée n’a eu la chance d’accueillir autant de médias internationaux depuis des décennies. De la France à la Russie, les médias internationaux viennent assister à The Ultimate Dive. Mais l’organisation d’un tel événement sans précédent nécessite une organisation formidable.

Patrick Musimu
Gueuze pour l'apnée no limit

Afin d’être prêt pour sa cinquième et dernière session d’entraînement, qui débutera le 5 juin, Patrick a commencé la construction de la gueuze en deux parties, qui sera utilisé pour le record.

Pour ceux qui ne comprennent pas l’utilité d’un tel dispositif, sachez que cette conception particulière de cette gueuze permet au plongeur de laisser la partie lestée sur le fond et de revenir avec la partie gonflée uniquement. Il devrait permettre à Patrick de remonter à la surface à une vitesse moyenne de 3,5 à 4 m/s. Commencée le mardi 26, la gueuze a été complètement terminée le 30.

Mais en Egypte, la bonne nouvelle est venue de Pologne, en effet Patrick a reçu de Krzysztof Wlostowski la confirmation qu’il attendait désespérément depuis 3 mois : le caisson sous-marin, qui sera monté sur le traîneau. Il a été fabriqué et testé en Pologne dans une chambre hyperbare spéciale à 225m de profondeur sans fuite. La caméra placée à l’intérieur enregistrera toute la descente, prouvant que Patrick n’a pas utilisé de ressources d’air artificielles pour atteindre la marque des 200m, ce qui, comme tous les experts en témoigneront, serait de toute façon suicidaire à de telles profondeurs. 

Ces précieuses images feront remonter à la surface le témoignage de la plongée, qui marquera l’Histoire de la plongée profonde. De plus, le directeur de plongée européen de Suunto sera présent et expliquera à la presse le profil de plongée de Patrick. Avec des instruments de pointe comme des ordinateurs de plongée uniques et des caméras sous-marines, Patrick dispose désormais de tous les outils nécessaires pour démontrer au monde entier sa capacité d’adaptation au monde sous-marin.

De retour à Bruxelles, Patrick est maintenant occupé à tourner différents documentaires et interviews… Le compte à rebours a commencé !

ETAPE 5 - "LES OBSTACLES SONT DANS VOTRE ESPRIT" 05/06 - 10/07/2005

En juin 2005, en 3 semaines et seulement 10 plongées, Patrick Musimu a marqué l’histoire en plongeant successivement à 100, 136, 151, 170, 185 mètres, et a atteint la marque mythique de 200 mètres le 26 juin.

Le 30 juin, son corps épuisé l’a forcé à s’arrêter après une plongée à – 209,6 mètres, bouleversant de près de 40 mètres la performance humaine la plus profonde jamais enregistrée. Jamais dans l’histoire de la plongée, un tel écart entre les performances n’a été atteint. Pour citer Patrick : « Nous avons encore la capacité de transformer un rêve en réalité. »

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